Bonjour à tous,
Une nouvelle fois, la nature nous montre que nous ne sommes pas grand chose face à sa grandeur et à sa puissance.
Dans la pratique de l’alpinisme nous sommes régulièrement confrontés à de telles situations où la retraite et le renoncement sont parfois nécessaires pour mieux atteindre son but.
C’est ce chemin que nous avons décidé d’emprunter après avoir par tous les moyens tenté de nous échapper de l’emprise du nuage de cendres du volcan Islandais.
Volonté et détermination font également partie des valeurs de ce projet. Un tel évènement ne peut que renforcer notre envie d’y aller en surmontant les difficultés auxquelles nous serons confrontés.
Nous avons donc reprogrammé notre départ le dimanche 25 avril 2010 à 11h00 de l’aéroport Charles de Gaulle en espérant que les aéroports auront repris leur fonctionnement normal.
Voici donc un petit résumé de notre « faux départ » plutôt mouvementé.
Dans l’après midi du jeudi 25 avril, veille du départ, nous apprenons qu’un volcan est entré en éruption en Islande et que certains aéroports commencent à fermer leurs portes du fait des nuages de cendres qui seraient abrasifs et dangereux pour les réacteurs d’avion.
Un tel évènement étant heureusement très rare et exceptionnel, il paraît évident que les différents pays aient adopté le principe de précaution.
Au fur et à mesure que le vent poussait les cendres vers l’Europe, nous avons vu se fermer successivement les différents aéroports d’Europe du Nord pour arriver, à notre grand désespoir, à celui de Paris.
N’ayant pas beaucoup plus d’informations à ce sujet et ne connaissant pas les décisions d’ouverture et de fermeture des aéroports, il nous a paru évident que le meilleur endroit pour connaître et solutionner cette situation exceptionnelle serait l’aéroport lui-même.
Sans emprise directe sur le déroulement de cet évènement, il me parut évident de ne pas gâcher ma dernière soirée à chercher à solutionner cette situation sans plus d’informations.
Nous avons donc conservé nos heure et lieu de rendez-vous à l’aéroport Charles de Gaulle deux heures avant l’heure de décollage théorique.
Sans réelle surprise, à notre arrivée à l’aéroport de Paris, tous les vols étaient annulés. Après de longues heures d’attente lors d’appels téléphoniques vers l’aéroport et la compagnie aérienne pour obtenir des informations impossibles à avoir au guichet, un déplacement au sein de l’agence parisienne de notre compagnie aérienne nous a permis d’obtenir un positionnement de nos noms sur des listes d’attente pour les éventuels vols suivants avec reports successifs à 4 jours.
En voyant que les autorités françaises, le personnel de l’aéroport et celui de la compagnie aérienne ne maîtrisaient aucunement les tenants et aboutissants de cette situation, ainsi que les nombreux et successifs décalages de l’heure de fermeture de l’aéroport, nous avons recherché une solution plus viable.
Nous avons donc fait appel à la fiabilité de notre routeur météorologique, censé nous donner les prévisions météorologiques durant la phase d’ascension, pour récupérer des données précises sur les prévisions d’évolution du nuage de cendres.
En les juxtaposant à des informations officieuses recueillies auprès de connaissances pilotes dans de grandes compagnies aériennes, nous avions des bases solides pour prendre une décision fiable.
Les précieux renseignements obtenus nous ont permis de prendre de l’avance sur les décisions de fermeture des différents aéroports européens.
Nous avons donc rapidement compris que la porte de sortie de ce problème était de s’échapper au plus vite de cette Europe gangrénée par ces fermetures aléatoires et successives d’aéroports. Nous avons donc décidé de partir sur l’aéroport de Rome qui selon nos prévisions devait rester le plus longtemps ouvert face aux autres aéroports européens et qui proposait une ligne à destination du Népal.
L’ordinateur portable que nous avions emmené nous a permis de réserver les billets sur internet avec le réseau Wifi de l’aéroport. Nous avons donc payé les 7 billets avec la carte d’un des membres de l’équipe en ayant pris soin de valider par téléphone le plafond de paiement de la banque respective (« on n’est jamais trop prudent ! »).
Après avoir traversé tout Paris par le métro avec nos 40 kg de bagages respectifs, nous avons tenté de prendre le train non sans difficultés à destination d’Orléans pour récupérer notre véhicule nous permettant de rejoindre deux des membres restés sur Nice pour se rendre ensemble à Rome pour prendre ensuite notre avion.
En effet, cet évènement exceptionnel se superposant à la grève de nos « amis » de la S.N.C.F., le trajet Paris-Orléans ne se fit pas sans quelques difficultés d’annulation de départ après 3/4h d’attente pour des raisons d’absence de conducteur, de nombreux retards successifs dans les départs de trains… Une demi journée nous a donc été nécessaire pour rejoindre Orléans au départ de l’aéroport de Paris. Je vous laisse imaginer les nombreux déplacements et rebondissements avec nos sacs volumineux de 40 kg dans les mouvements de foules provoqués par la pénibilité de ces grèves.
Une fois la voiture récupérée, nous n’avons pas tardé à prendre la route pour rejoindre de nuit nos deux équipiers Niçois.
A Nice nous avons pu consulter nos e-mails afin de récupérer la confirmation de notre réservation de la veille. La surprise fut désagréable à la lecture de ce mail nous indiquant que la banque avait refusé ledit paiement pour une raison de plafond de paiement qui nous avait pourtant été validé précédemment. (A noter : « La prudence n’est pas toujours suffisante ! »)
Se trouvant à moins de 24h du décollage de notre avion de Rome, il nous été impossible à cette heure de commander d’autres billets du fait que les compagnies ne l’ autorisent pas dans ce délai.
De plus, après consultation des prévisions de notre routeur météo, reprendre d’autres billet ne serait-ce que 24h plus tard risquait de nous bloquer sur Rome du fait de la propagation du nuage.
Nous nous sommes donc répartis en plusieurs groupes pour balayer un maximum de solutions en un minimum de temps. Tout ou presque a été envisagé pour sortir de cette situation. Départ de Madrid, Barcelone, Nice, Rome, Athènes, Milan, Tunis, Alger, en avion, en bateau, par la route, le lundi, le mardi, le mercredi,…. Bref, tous les horaires, tous les aéroports de départ, tous les moyens de transport disponibles en fonction des informations qui nous ont été transmises et leurs incidences financières respectives ont été étudiés dans un délai extrêmement court.
A ce moment précis, nous apprenons que l’Italie vient de fermer tous ses aéroports ce qui de toute façon ne nous aurait pas permis de décoller.
Le peu de solutions restantes étant trop onéreuses ou trop risquées à mettre en œuvre, il nous a semblé plus raisonnable d’accepter de perdre cette première manche contre la Nature et de décaler notre départ d’une semaine pour se remettre dans de bonnes conditions de départ, si le nuage de cendres et l’interprétation évolutive de ses effets nous le permettent.
Les prises de décisions tranchées et réactives, systématiquement bien étayées, nous permettent de n’avoir, aujourd’hui, aucun regret sur l’état de la situation actuelle.
Après tant d’investissement dans ce projet , il est toujours difficile de se confronter à ce type de décision. Espérons que nous aurons la possibilité de partir ce dimanche 25 avril 2010, car un décalage plus important de la date de départ nous soumettrait aux conditions météorologiques ingérables de la Mousson.
De plus les incidences financières de ces derniers jours ( rachat de billet, déplacements fortuits, …) alourdissent toujours davantage les charges financières de ce projet.
L’acceptation du renoncement, même provisoire, est sans aucun doute un des plus riches enseignements que permet une telle expédition.
Je vous donne donc rendez-vous dimanche 25 avril pour suivre de près notre prochain départ qui je l’espère sera le bon.
Bien amicalement,
Stéphane
PS :Merci pour vos très nombreux témoignages de sympathie et de soutien dans cette situation difficile.


